De plus en plus de familles choisissent de vendre leur propriété en périphérie de Québec et de déménager dans les quartiers centraux pour fuir l’enfer du trafic.

Plusieurs courtiers immobiliers de Québec avec qui Le Journal s’est entretenu remarquent que la tendance à se rapprocher de la ville s’accentue à mesure que le trafic empire.
«C’est régulier que des clients me disent qu’ils veulent déménager à cause du trafic», lance-t-elle. Elle pointe l’autoroute Laurentienne, l’autoroute Félix-Leclerc et les ponts, qui sont des irritants majeurs.
«Il y a beaucoup de gens de la Rive-Sud qui s’en viennent sur la Rive-Nord.» Ses clients calculent le temps gagné loin du trafic et voient les bénéfices. «C’est 45 minutes de plus de sommeil chaque matin.»
Ils n’en peuvent plus
«Les gens n’en peuvent plus, du trafic», rapporte de son côté Danièle Boucher, de Via Capitale Cité. «Les premiers acheteurs n’ont pas le choix. Ils s’en vont à Val-Bélair, dans le fin fond de Charlesbourg ou de Beauport, à Charny ou à [Saint-Jean-Chrysostome]. Mais dès qu’ils ont la possibilité, ils reviennent au centre.»

Les quartiers centraux ne se limitent pas au centre-ville, mais s’étendent aujourd’hui à Sillery, au plateau de Sainte-Foy et même à Vanier et Duberger, énumèrent les courtiers.
Patricia Deguara, de Re/Max Fortin Delage, rapporte qu’une des principales raisons invoquées par ses clients qui font ce choix est le gain de temps. «C’est certain que le trafic a un effet direct pour notre clientèle. Pour les jeunes parents, le temps de qualité passé avec leur famille est précieux. Souvent, ils vont déménager pour se rapprocher de leur travail, pour passer le plus de temps possible avec leurs proches.»
Une voiture en moins
Ce faisant, certains font aussi le choix d’abandonner une voiture. Elle remarque le même phénomène chez plusieurs nouveaux retraités qui veulent se rapprocher des services.
La banlieue demeure populaire, notent nos interlocuteurs. «Les jeunes couples avec des bébés adorent la banlieue. Mais aussitôt que les enfants grandissent, c’est sûr qu’ils préfèrent être à côté des écoles privées, de l’université et de leur travail. Il y a une grosse demande pour le retour au centre-ville», constate Yvan Drouin, de Re/Max 1er Choix.

«Les quartiers centraux s’approvisionnent en grande partie des plus jeunes qui sont établis plus loin pour les coûts et qui, quand les enfants approchent de l’adolescence, ont besoin de se rapprocher des services.»
— Richard Dion, directeur de l’agence Via Capitale Cité
«Les gens prennent de plus en plus en considération le trafic dans le choix d’acheter une résidence près de leur travail. Et s’ils peuvent se départir de leur voiture et se déplacer en autobus ou en vélo, ils vont le faire.»
— Jennifer Egan, de Egan Agence immobilière
En 2002, Ariane et son conjoint Nicolas Martineau ont eu un coup de foudre pour le milieu de vie bucolique de Lac-Beauport. Ils s’y sont installés, ravis de vivre au cœur de la nature. Mais après quelques années, la congestion est venue jouer les trouble-fête. Même en quittant la maison de plus en plus tôt pour se rendre au travail à Sainte-Foy et au centre-ville, ils n’arrivaient plus à éviter le trafic.
«J’avais mal partout à force d’être crispée au volant. On faisait juste travailler, courir et dire aux enfants de se dépêcher», raconte Ariane. Avec les petits à déposer à l’école et à la garderie, elle passait une heure trente dans le trafic le matin. Et une autre heure le soir. Nicolas renchérit: «Et quand tu as “rushé” toute la journée et que tu réalises, en arrivant, qu’il manque une pinte de lait, t’as pas le goût de reprendre la voiture et faire une demi-heure aller-retour pour aller au IGA.»
Ils ne pouvaient pas concevoir que, dans quelques années, ce serait au tour des enfants de sauter eux aussi dans le trafic. En 2007, ils ont troqué la banlieue pour un quartier plus près du centre. Installés sur le plateau de Sainte-Foy, ils savourent le temps passé en famille.
Adieu réveille-matin
Et ils ont jeté leur réveille-matin à la poubelle. «Il y a moins de stress le matin. On n’est jamais à la course. On peut laisser les enfants dormir», sourit Nicolas.
Une situation qui fait rêver Pierre Hauben, qui a déménagé sur la Rive-Sud il y a 14 ans pour suivre sa blonde Sophie. Déjà, il quittait Québec à contrecœur. Il a pris son mal en patience, voyageant matin et soir pour se rendre à son salon de coiffure de Sainte-Foy.
Mais depuis quelques années, la situation est devenue intenable. «Ça me prend 45 minutes, une heure chaque matin. Et ça ne va pas en s’améliorant. Il y a toujours des surprises.» À cela s’ajoutent les cours de danse de sa fille Marilie, quatre soirs par semaine, au centre-ville de Québec.
«Dans notre quartier de Saint-Rédempteur, on est super bien. Mais quand tu prends la route tous les jours, tu prends conscience que c’est loin», témoigne-t-il. «On a zéro temps en famille.» Et les services de proximité sont rares.

La famille a donc décidé de faire le grand saut et de s’établir à Sainte-Foy, un projet qui devrait se concrétiser au cours des prochains mois. Pierre, Sophie, Marilie et Tristan comptent profiter à fond de plus nombreux moments en famille, et subir moins de stress lié au trafic.
Salon De Coiffure Sillery - Salon De Coiffure Sillery